Improbable oeuvre d’amour pour dépister l’horreur de la dissimulation par Raphaël Jerusalmy

L’écrivain Raphaël Jerusalmy écrit 

rafleDe prime abord, rien ne semble lier les deux auteurs du surprenant Les bus de la honte, Malka Marcovich et Jean-Marie Dubois, en dehors de leur vie commune et de leur amour l’un pour l’autre. L’un, métis né d’une aventure adultère que sa mère a eue avec un inconnu à la peau noire. L’autre, issue d’une famille juive traditionnelle venue de l’Europe de l’est. L’un, de bonne famille bourgeoise comme il y en a tant dans les nobles provinces de France. L’autre, portant en elle le douloureux passé de la Shoah comme tant de descendants de déportés et d’enfants cachés.

Pour eux aussi, au départ, rien d’autre n’unit leurs destins que l’amour. Ils sont si différents. Mais voilà, un terrible secret va surgir du passé. Comme un fantôme, tout d’abord. Puis comme un coup de poing. Un secret enfoui, camouflé sous des couches de bienséance et de patriotisme. Couches d’autant plus nombreuses que le secret est terrible, honteux, obscène pour tout dire.

Le grand-père de Jean-Marie, militaire respecté, ami proche de De Gaulle, et l’un des directeurs des transports urbains de Paris sous occupation allemande, a-t-il planifié et dirigé les convois d’autobus qui emportèrent les juifs raflés vers Drancy, vers le Vel d’Hiv’, vers la mort?

Dès les premiers doutes, une enquête démarre. Policière, historique, documentaire. Qui commence par un dépistage de la dissimulation, de l’hypocrisie, de la banalisation. Qui continue par la découverte du pot aux roses. Et de révélations choquantes. Comme cette acceptation paisible des chauffeurs de bus de transporter les raflés, inclus enfants et vieillards. Les rares qui refuseront de le faire seront sanctionnés par la direction (c’est-à-dire par le grand-père de Jean-Marie). Certains seront même envoyés en déportation. Les parents de Malka se sont tus, eux aussi. Ils ne lui ont pas tout raconté. Pas tout de suite. Il faut combattre les mécanismes de l’oubli de leur côté également.

Ce livre démarre sur une écriture mêlant deux sensibilités différentes, ce qui va donner lieu à des désaccords, mais aussi à d’improbables recoupements. Et c’est là la force de cette œuvre. Elle déniche le énième petit bout de la lorgnette par lequel apercevoir l’horreur de la Shoah. Ces autobus bourrés de familles juives que personne ne daigne regarder passer. Ces itinéraires froidement calculés pour améliorer le ‘rendement’. Mais de l’autre côté du temps et de la souffrance, il y a ce que ressentent les auteurs eux-mêmes. Ce que c’est que d’être ceux d’après. Et cette obsession à vouloir comprendre l’incompréhensible.

Quatre mains, deux sensibilités, un riche ouvrage. Après que vous l’ayez lu, je vous mets au défi de monter dans un autobus sans flancher.

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