La presse en parle

Bus 19

La rafle du Vel d’Hiv, 75 ans après 

Akadem 2Par Sigalit Navon

http://www.akadem.org/magazine/2016-2011/collaboration-israel-chagall-05-07-2017-92822_4688.php

Akadem


Les remailleurs de la mémoire

par  Guylain-David Sitbon  Menora.info Logo 

 

« Le livre écrit par Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich est un modèle de ce qui se fait –et doit se faire- pour traquer les hypocrites en tous genres, les salauds de tous acabits, les « criminels de bureau » qui, par leur pleutrerie ont permis l’irréparable. Il donne à voir ce que Hanna Arendt a défini, géniale erreur, comme la « banalité du mal » – car l’ingénieur en chef du Hourban était tout sauf l’innocent et discipliné bureaucrate qu’il a surjoué au cours de son procès, ce qui n’enlève rien à la réalité du concept qui pose un fer rouge sur une modalité du comportement humain. «  suite sur  ⇒Les remailleurs de la mémoire


« Mais qu’a fait ton grand-père pendant la guerre ? »

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Lucien Nachin pouvait-il ignorer l’usage des 946 autobus ?

Un article de Jean-Pierre Allali
Tribu 12 Printemps 2017

« Mort en 1951, Lucien Nachin occupait à Viarmes, non loin de l’abbaye de Royaumont, une villa,  « Le Fréchot », où Malka et Jean-Marie se retrouveront pour aller à la découverte du rôle du lieutenant-colonel Lucien Nachin… »

Tribu 12 001


Jean-Pierre Elkabbach reçoit Malka Marcovich sur Public Sénat

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Vendredi 6 janvier 2017 à 22 : 00
Samedi 7 janvier 2017 à 13 : 00
Lundi 9 janvier 2017 à 03 : 45

https://www.publicsenat.fr/emission/bibliotheque-medicis/le-rendez-vous-des-livres-et-des-auteurs-11469


DIS BOOK DU 13 DECEMBRE 2016

Les bus de la honte, Jean-Marie Dubois, Malka Marcovich, Tallandier

http://lafeuilledechouxfarcis.blogspot.fr/2016/12/disbook-du-13-decembre-2016-les-bus-de.html

J’ai eu la chance d’assister à la conférence tenue à l’Amicale des Anciens et Sympathisants de l’Ose le 21 novembre dernier.

Jean-Marie Dubois est historien de l’art et rédacteur-concepteur de projets culturels.

Malka Marcovich est historienne, consultante internationale spécialiste des droits de la femme. Elle a également publié Les Nations DésUnies, comment l’ONU enterre les droits de l’homme, Editions Jacob Duvernet 2008, et Parisiennes, de Marie Stuart à Simone de Beauvoir, ces femmes qui ont inspiré les rues de la capitale, Editions Balland, 2011

Le grand-père de J.M.Dubois, Lucien Nachin est un ami du Gal de Gaulle. RATP en 1949 ; STCRP qui dès 1944 a subi une grande épuration des chefs et du personnel.

Le secret de famille n’avait jamais été révélé. Tout est glaçant : le miroir et les autres biens issus de la spoliation des juifs.

Archives de la Préfecture, Archives de Yad Vashem, Archives de la RATP, Mémorial de Drancy, Musée Jean Moulin (page 193)

Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich, viennent enrichir la longue tradition littéraire des détectives amateurs, sauf qu’ici il ne s’agit pas de fiction, que leurs investigations ne portent pas sur un crime mais sur des dizaines de milliers et que, quand bien même les coupables sont connus depuis longtemps, on va, au fil des pages, s’attacher à la découverte de certains de leurs complices. Des complices que la justice n’a jamais inquiétés et qui ont fini leur vie en toute quiétude. L’enquête, démarrée un peu par hasard, est d’emblée centrée sur un personnage insoupçonnable, en tout cas insoupçonné : le grand-père respecté et adoré de Jean-Marie Dubois. Car durant l’Occupation cet ancien officier de l’armée française avait un poste important : il était chef de service à la direction du personnel à la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), l’ancêtre de la RATP. Cette STCRP dont les bus ont méthodiquement participé aux rafles des Juifs, à leur transport à Drancy, puis de Drancy aux gares de banlieue d’où ils étaient envoyés dans les camps d’extermination ou de concentration.

Pour que ces bus, omniprésents dans tous les témoignages de survivants et dont chacun a en tête la fameuse photo qui les montre rangés le 16 juillet 1942 devant le Vel d’Hiv, soient au bon endroit au bon moment quand les autorités avaient besoin d’eux, il fallait des chauffeurs prenant le volant à l’heure dite, arrêtant leur véhicule au point prévu, suivant l’itinéraire décidé, déposant leurs pauvres passagers à la destination fixée. Bref, il fallait une organisation méticuleuse du personnel, une planification sans faille, une coordination impeccable avec la Préfecture, la SNCF et les services allemands. L’un des hauts responsables de ces tâches, comme le découvrent progressivement, avec un dégoût croissant, nos deux détectives retournant sur les années noires, ne fut autre que le fameux grand-père, Lucien Nachin. L’enquête sur le respecté patriarche transforme inéluctablement Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich en historiens. Plongeant dans les archives de la RATP (qui font ressortir au passage que cette nouvelle appellation, datant de 1949, devait surtout permettre de faire oublier l’ancienne, trop associée à la collaboration), ils s’aperçoivent que bien des pièces manquent, que des bouts de dossiers ont même été découpés. Mais il existe suffisamment de documents accablants pour qu’ils finissent par voir en Lucien Nachin une figure française du criminel de bureau, un cadre supérieur qui ne s’est d’ailleurs pas contenté de gérer avec un zèle parfait la phase parisienne de la déportation des Juifs vers les camps de la mort mais qui, avec tout autant de zèle, a dénoncé résistants, communistes et syndicalistes trop remuants.

L’écriture est précise, fluide et vivante, et suit pas à pas le travail de recherche des auteurs qui met en évidence les silences, les dissimulations, les complaisances dont bénéficièrent quantité de membres de l’encadrement de la STCRP, ces rouages indispensables, chacun à son échelon et dans sa fonction propre, de la «solution finale». Mais Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich – couple à la ville comme à l’écriture – ne soulèvent pas seulement le couvercle qui a protégé au fil des décennies nombre de complices de la Shoah au sein de l’entreprise. Ils mettent aussi à jour les secrets familiaux qui ont permis à l’aïeul anciennement adulé de passer pour un irréprochable patriote.  

Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich apportent une preuve supplémentaire de ce que le pétainisme ne fut pas qu’une affaire de quelques brèves années mais que, dans les franges d’une certaine France sagement bourgeoise et catholique, son poison imprégna, de dénis en secrets, les mentalités sur plusieurs générations.

Ce livre est formidable. Je sens que notre amie Rosy va s’y intéresser…

Mon commentaire est certainement long mais, devant l’intérêt du sujet, vous m’en excuserez. Remerciements à l’Amicale pour la richesse de cette intervention.


Les bus de la honte,
« Un chef-d’oeuvre où la mémoire ressuscitée reconstruit l’Histoire, la vraie. »

un article de Jean Moreau dans Humanisme n°313

humanisme-001


  • OraNews -Diana Çuli-Kronike e Pambaruar

28 octobre 2016

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cafe-des-psaumesJean-Marie Dubois
&
Malka Marcovich

Dimanche 18 septembre 2016
22h sur Judaïque FM

Emission Livres au Café des Psaumes
présentée par

Jacques Dugowson



Une découverte cinglante

Le Messager n° 197, septembre 2016
le-messsager


 

liberté du judaïsme 2

Liberté du judaïsme

Pour Yom Ha Shoah, je me suis rendu dans une école
juive. Une petite fille de 11 ans m’a dit, en écarquillant
les yeux « Vous avez connu la Shoah, monsieur ? ». Et
moi de me demander : De quel fardeau chargeons nous
la quatrième génération ?
Isidore Jacubowiez.


  • Bibliothèque Médicis, par Jean-Pierre Elkabbach, 8 juillet 2016

Voir en replay l’émission du 8 juillet 2016
sur
http://replay.publicsenat.fr/vod/bibliotheque-medicis/malka-marcovich,richard-galliano,david-nahmad/206772


  • elkabbach
    
    

  • Le Figaro, 8 juillet 2016

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  • Le rôle-clé des transports publics joué dans la déportation
    Par Lydie Turkfeld, Israël Magazine n°186

  • Josyane Savigneau : Postface – Rcj – 28 juin 2016

 

Marc Lambron BM 25 juin BMarc Lambron BM 25 juin











L’Académicien Marc Lambron compare les Bus de la Honte à 
Dora Bruder de Patrick Modiano,
dans l’émission de Jean-Pierre Elkabbach, Bibliothèque Médicis, 
Public Sénat, 25 juin 2016
http://replay.publicsenat.fr/vod/bibliotheque-medicis/206770

Jean-Marie Dubois Invité de Jacques Biton sur Radio Shalom Nice 16 juin 2016

http://www.radiochalomnitsan.com/podcasts/jean-marie-dubois-pause-litt%C3%A9raire-6215

Blog des arts 14 juin 2016
http://www.blog-des-arts.com/livres/les-bus-de-la-honte-tallandier



- Ils ont fait Paris et sa région : Les bus de la honte Par Denis Lemarié, France Bleu Paris, 107.1, mardi 7 juin à 13h45 https://www.francebleu.fr/emissions/ils-ont-fait-paris-et-sa-region/107-1/ils-ont-fait-paris-et-sa-region-les-bus-de-la-honte 
-Disgrâce d'un "héros", par François-Guillaume Lorrain
Le Point, 2 juin 2016
le point 2 juin 2016

-L'Info de la semaine,
Le Régional, l'Echo du Val d'Oise, 1er juin 2016
val d'oise info 1er juin

-Papy ne fait pas de la résistance, par C.D.S, 
le Parisien 28 mai 2016
le Parisien 28 mai 2016


- Un passé qui n'est toujours pas passé, par Jacques Tarnero,
 Huffingtonpost 28 mai 2016
Jacques TarneroEssayiste

Ce passé qui n’est toujours pas passé : « les bus de la honte »

De Malka Marcovich et Jean-Marie Dubois

Les égouts de Vichy n’arrivent toujours pas à être vidés et chaque année apporte son flot de révélations sur ce passé qui refuse de trépasser. Un récent et remarquable film documentaire de Michaël Prazan a opportunément rappelé le temps infiniment long déployé depuis la Libération jusqu’à la déclaration du Président Chirac de 1995 à l’occasion de la commémoration du Vel d’hiv. (« Vichy, la mémoire empoisonnée » France 3, diffusé le 16 mai) « Ce jour là, la France avait commis l’irréparable » avait déclaré le Président de la République, rompant ainsi avec la ligne déterminée par de Gaulle et maintenue par Mitterrand : la République n’était pas comptable des crimes de la collaboration et la France n’avaient rien à se reprocher du moment de Vichy. Le surmoi gaullien, pour vertueuse que fut son inspiration, faisait un bon prix de quatre années durant lesquelles la France ne brillât pas par son courage face aux nazis.

 

Un livre de Malka Marcovich et Jean Marie Dubois, Les bus de la honte (1) revient opportunément sur ces épisodes peu glorieux.

C’est le hasard de la vie familiale qui va conduire Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich à mener cette enquête car ce récit bien mené règle aussi des comptes privés, enfouis sous le roman familial. Il va mettre à jour de sombres secrets qui ont permis au grand père de Jean Marie Dubois, Lucien Nachin, de dissimuler son passé, de reconstruire une identité fictive et de se faire passer pour un courageux patriote. Lucien Nachin ne s’est-il pas toujours présenté comme un ami du général de Gaulle, comme le prouvait la dédicace signée de la main du futur chef de la France libre pour son ouvrage Trois études ? La mémoire de Jean Marie Dubois reste vive à ce sujet. La légende du grand père était sans faille et son héroïsme supposé construisait pour le petit Jean Marie une mythologie familiale héroïque.

 

Durant l’Occupation Lucien Nachin, ancien officier de l’armée française avait un poste important : il était chef de service à la direction du personnel à la Société des Transports en Commun de la Région Parisienne (STCRP), l’ancêtre de la RATP. Or les autobus de la STCRP vont constituer le moyen logistique déterminant ayant permis les rafles des Juifs, pour leur transport à Drancy, puis de Drancy aux gares de banlieue d’où ils étaient envoyés dans les camps d’extermination ou de concentration. Cette logistique était bien évidemment complétée par les trains et la SNCF a aussi reconnu, tardivement, sa part de responsabilité dans le processus de déportation des Juifs vers les camps de la mort. L’investigation dans les archives de la RATP (dont le nouveau sigle, date de 1949, destiné à effacer l’ancien, trop lié à la collaboration), n’est pas un travail aisé. Marcovich et Dubois s’aperçoivent que des documents font défaut, que des archives manquent, que des dossiers ont même été amputés. Une chape de silence semble envelopper le récit des témoins.

 

Ces autobus, figurent en bonne place dans toutes les représentations filmiques de la rafle du 16 juillet 1942 qui conduisent au Vel d’Hiv. Ils sont autant d’acteurs muets des Guichets du Louvre, de Monsieur Klein, de la Rafle. Ils sont omniprésents dans tous les témoignages de survivants. Or ces autobus avaient besoin de chauffeurs de confiance pour les conduire, pour les mener à l’adresse indiquée par la police, pour ensuite retrouver les divers points de rassemblement. Il fallait donc une grande organisation méticuleusement précise des personnels, une planification sans défaut, une coordination parfaitement mise au point avec la Préfecture de police, la SNCF et les services allemands. On sait qu’il y eut des ratées. On sait qu’il y eut des policiers qui vinrent prévenir les familles pour les inciter à quitter leurs domiciles à se cacher. Ces gestes, minoritaires, pour réels et admirables qu’ils furent, ne peuvent dissimuler la réalité de la complicité active, à tout niveau de sa hiérarchie, d’un grand service public au service de l’occupant.

 

Ce que découvrent progressivement Marcovich et Dubois, c’est bien la responsabilité, au plus haut niveau, de l’honorable grand-père, Lucien Nachin. Il est le grand organisateur des personnels de la STCRP. Il est l’un des chefs d’orchestre de la mécanique administrative, dans cette entreprise, de la bonne marche de la collaboration. Lucien Nachin fut une importante figure française du « crime de bureau », pour reprendre les mots de Me Michel Zaoui, avocat de parties civiles au procès Papon.

Ecarté de ses fonctions à la Libération, l’ex-chef du personnel de la STCRP était suffisamment connu de la Résistance, sut cependant grâce au réseau des complicités obligées et des couardises, éviter d’être désigné comme collaborateur. Comme bien d’autres, il sut reconstruire à son profit une légende honorable. Celui qui avait géré avec zèle la logistique parisienne de la déportation des Juifs vers les camps de la mort, avait simultanément dénoncé résistants, communistes et syndicalistes nuisibles à la bonne marche de l’entreprise. Certaines de ces complicités sont dévoilées, des noms apparaissent mais la justice ne les a jamais inquiétées et nombreux sont ceux qui ont fini leur vie avec la bonne conscience comme oreiller. La « continuité de l’Etat » voulue par de Gaulle, autant que la « clôture de ce temps où les Français de s’aimaient pas » voulue par Pompidou, ont refermé le couvercle. La paix civile ou sa fiction imposent leurs règles sans comprendre que des hasards permettent à des voix de sortir de l’oubli où certains avaient voulu les enterrer.

L’investigation menée par Malka Marcovich et Jean Marie Dubois conjugue donc cette double recherche : privée, pour sortir une histoire personnelle d’une imposture familiale, d’un mensonge subi, et historienne dans la mesure où ces autobus dirigés par ce faux vertueux grand père faisaient aussi partie d’une machine de mort, programmée, organisée.

L’écriture à quatre mains possède cette qualité : elle injecte du style, elle a le mordant du règlement de compte, plein d’une ironie amère de la part de celui qui en a trop entendu et découvre la tartufferie du roman familial. Le récit est celui de Jean Marie puisqu’il en fut le témoin, celui qui y a cru trop longtemps. Malka, sa compagne, connaît bien ces contes fantaisistes produits par trop bonne conscience, celle qui proclamait sa haine des juifs au nom de l’antiracisme. Témoin de la conférence de Durban l’été 2001, elle a appris à décrypter les mensonges vertueux et ne manque pas de force pour arracher ces masques. La conjugaison ici de cette double énergie donne à ce livre une saveur certaine, parfois drôle dans le dévoilement des crapules.

On ne peut plus savourer le plaisir d’être à l’air libre sur la plateforme arrière des autobus qui sillonnent les rues de Paris. On comprend, hélas, grâce à Malka Marcovich et Jean Marie Dubois qu’elles ne furent pas que des lieux de liberté.

(1) Editions Tallandier. 18 Euros


- Un travail de mémoire salutaire, par Jean-Pierre Allali, 
Lecture Crif 24 mai 2016

- Réécouter Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich dans l'émission de Maya Nahum l'Etoile et le Jasmin  du 21 mai 2016 sur Judaïques FM

- 

Télérama n°3462 du 21 au 27 mai 2016
judaïque fm 23 5 2016


De héros à collabo, Charlie Hebdo, 18 mai 2016
charlie Hebdo 18 mai 2016.jpg



 - Actualité de la recherche et de l'édition en Histoire  
Un homme, une entreprise 8 mai 2016

Invités du jour le 27 avril 2016 sur RCJ


la règle du jeu
«Les bus de la honte» : 
une plongée dans les rouages parisiens de la Shoah
Par Bernard Schalscha, 24 avril 2016

Si les sujets qu’aborde «Les bus de la honte» n’étaient aussi graves et douloureux, on pourrait dire que les deux auteurs du livre, Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich, viennent enrichir la longue tradition littéraire des détectives amateurs, de Rouletabille au Poulpe en passant par Miss Marple. Sauf qu’ici il ne s’agit pas de fiction, que leurs investigations ne portent pas sur un crime mais sur des dizaines de milliers et que, quand bien même les coupables sont connus depuis longtemps, on va, au fil des pages, s’attacher à la découverte de certains de leurs complices. Des complices que la justice n’a jamais inquiétés et qui ont fini leur vie en toute quiétude. L’enquête, démarrée un peu par hasard, est d’emblée centrée sur un personnage insoupçonnable, en tout cas insoupçonné : le grand-père respecté et adoré de Jean-Marie Dubois. Car durant l’Occupation cet ancien officier de l’armée française avait un poste important : il était chef de service à la direction du personnel à la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), l’ancêtre de la RATP. Cette STCRP dont les bus ont méthodiquement participé aux rafles des Juifs, à leur transport à Drancy, puis de Drancy aux gares de banlieue d’où ils étaient envoyés dans les camps d’extermination ou de concentration.

Pour que ces bus, omniprésents dans tous les témoignages de survivants et dont chacun a en tête la fameuse photo qui les montre rangés le 16 juillet 1942 devant le Vel d’Hiv, soient au bon endroit au bon moment quand les autorités avaient besoin d’eux, il fallait des chauffeurs prenant le volant à l’heure dite, arrêtant leur véhicule au point prévu, suivant l’itinéraire décidé, déposant leurs pauvres passagers à la destination fixée. Bref, il fallait une organisation méticuleuse du personnel, une planification sans faille, une coordination impeccable avec la Préfecture, la SNCF et les services allemands. L’un des hauts responsables de ces tâches, comme le découvrent progressivement, avec un dégoût croissant, nos deux détectives retournant sur les années noires, ne fut autre que le fameux grand-père, Lucien Nachin. L’enquête sur le respecté patriarche transforme inéluctablement Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich en historiens. Plongeant dans les archives de la RATP (qui font ressortir au passage que cette nouvelle appellation, datant de 1949, devait surtout permettre de faire oublier l’ancienne, trop associée à la collaboration), ils s’aperçoivent que bien des pièces manquent, que des bouts de dossiers ont même été découpés. Mais il existe suffisamment de documents accablants pour qu’ils finissent par voir en Lucien Nachin une figure française du criminel de bureau, un cadre supérieur qui ne s’est d’ailleurs pas contenté de gérer avec un zèle parfait la phase parisienne de la déportation des Juifs vers les camps de la mort mais qui, avec tout autant de zèle, a dénoncé résistants, communistes et syndicalistes trop remuants.

Le lecteur est happé par le récit à l’écriture précise, fluide et vivante, et suit pas à pas le travail de recherche des auteurs qui met en évidence les silences, les dissimulations, les complaisances dont bénéficièrent quantité de membres de l’encadrement de la STCRP, ces rouages indispensables, chacun à son échelon et dans sa fonction propre, de la «solution finale». Mais Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich – couple à la ville comme à l’écriture – ne soulèvent pas seulement le couvercle qui a protégé au fil des décennies nombre de complices de la Shoah au sein de l’entreprise. Ils mettent aussi à jour les secrets familiaux qui ont permis à l’aïeul anciennement adulé de passer pour un irréprochable patriote. Lucien Nachin n’était-il pas un ami du général de Gaulle, qu’il avait connu alors que le futur chef de la France libre n’était encore qu’un jeune officier en formation ? Ce dernier ne lui a-t-il pas dédicacé son ouvrage «Trois études», en octobre 1945 ? A une date, donc, où le rôle de l’ex-chef du personnel était bel et bien connu de la Résistance victorieuse, comme en témoigne le fait qu’il avait été écarté de ses fonctions – avec bien des égards toutefois puisqu’il fut jugé bon de trouver un motif officiel fantaisiste lui épargnant d’être désigné comme collaborateur.

Après les légitimes accusations et actions en justice contre la SNCF pour son rôle dans la déportation des Juifs de France, «Les bus de la honte» ouvre enfin la possibilité de mettre aux yeux du grand public la RATP devant ses responsabilités. Des travaux universitaires, trop confidentiels, les avaient certes déjà pointées. Un nouveau pas vient cependant d’être franchi grâce à cet ouvrage, lequel permet de jeter une lumière crue sur l’histoire de cette bonne vieille RATP dont les bus font tellement partie du paysage parisien que leur rôle dans l’extermination des Juifs risquait d’être relégué dans un confortable oubli. Au fil de leurs investigations au sein de la famille et des proches de Lucien Nachin, Jean-Marie Dubois et Malka Marcovich font également œuvre de salubrité en apportant une preuve supplémentaire de ce que le pétainisme ne fut pas qu’une affaire de quelques brèves années mais que, dans les franges d’une certaine France sagement bourgeoise et catholique, son poison imprégna, de dénis en secrets, les mentalités sur plusieurs générations.

Ce formidable livre s’achève sur l’hypothèse d’une énigme inattendue et déroutante. Lucien Nachin, ce grand-père de la honte, était peut-être porteur d’une autre honte. Mais, comme on dit, ceci est une autre histoire. Une autre histoire dans l’Histoire, à laquelle s’attelleront peut-être les deux auteurs s’ils se lancent dans l’exploration des mystères de l’identité. Quoi qu’il en soit d’une éventuelle suite à leur enquête, il faut dès maintenant lire et faire lire leur pertinente contribution à la connaissance des mécanismes qui ont fait la réalité de la Shoah.



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Son grand-père transportait les Juifs déportés
http://www.ouest-france.fr/normandie/manche/son-grand-pere-transportait-les-juifs-deportes-4185762

23 avril 2016

Bus 16